Cyclistes sur trottoir – De la gène du piéton à notre perte de crédibilité

Commerçants excédés, piétons agacés… il n’est pas rare que notre collectif soit pris à parti par des marcheurs lassés de partager leur espace de piéton avec des cyclistes dont ce n’est pas la place. Ceux ci sont rarement dangereux mais pas toujours prudents et, quelque soit son attitude, le cycliste qui roule sur un trottoir y sera rarement le bienvenu et le piéton sera souvent impressionné par sa vitesse et son imprudence toute relative.

Ce qu’en pense Mon Cher Vélo
Que les choses soient claires : Mon Cher Vélo ne cautionne pas ces comportements. Mais bien entendu, tout est dans la nuance : entre le cycliste qui descend la rue d’Auron sur ses trottoirs étroits en frôlant les pas de portes et celui qui remonte les larges trottoirs de la rue Moyenne en ayant le doigt sur la sonnette, il y a une notion de civisme dont nous ne saurions être tenus responsables.

Si on s’en tient à l’application ferme du code de la route, un cycliste peut  pédaler sur un trottoir jusque l’âge de 8 ans. Au delà, il devra poser pied à terre et pousser son vélo à la main au risque d’être verbalisable.
Dans les faits, il existe à Bourges une grande tolérance pour la circulation à vélo sur trottoir… un peu comme pour le stationnement en fait… Et dans les deux cas, c’est le piéton qui paye le prix de ce laisser aller.

Nous comprenons bien que le cycliste qui roule sur un trottoir le fait souvent par nécessité car c’est le seul endroit de la rue où il se sent en sécurité. Parfois il le fait aussi car c’est plus pratique ou parce que l’état du trottoir est meilleur que celui de la route… les raisons sont toujours très bonnes et nous les comprenons. Mais il faut garder à l’esprit que les autres usagers ne le comprennent pas toujours et que ces comportements desservent bien souvent notre cause.

Car notre collectif et les cyclistes qu’il représente paye aussi le prix de ces comportements. Lors de réunions publiques ou de rencontres plus informelles lors desquelles nous avions pour but de défendre la place du vélo en ville, il est très fréquent d’entendre « de toutes façons vous les cyclistes, on vous écoutera le jour où vous respecterez le code de la route ! ». Fin de la discussion, nous n’avons pas droit de cité.

Certaines situations sont… incompréhensibles ! :o

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A cet effet, nous vous rappelons que nous avons mis en ligne une « charte de bon comportement à vélo » que nous vous invitons à signer. L’objet de cette charte est double :

  • inciter les cyclistes au respect du code de la route
  • crédibiliser notre discours quant à la légitimité de nos demandes

Car, aux yeux d’une très large majorité de la population, nos demandes resteront irrecevables tant que les cyclistes enfreindront le code de la route même si cela est parfois fait par nécessité car les aménagements ne sont pas adaptés.
Pour nous aider à défendre l’obtention de meilleurs aménagements, signez la charte > http://monchervelo.fr/charte-de-bon-comportement-a-velo/

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Le cas particulier des double sens cyclables
Depuis le 1er Juillet 2010, les rues du centre historique de Bourges hormis de rares exceptions ont été mises à double sens cyclables. Ce dispositif, inspiré des pays scandinaves tels que le Danemark ou de la Belgique et des Pays Bas… bref de pays où la pratique du vélo est bien plus importante qu’en France (preuve que c’est une bonne mesure) autorise le cycliste à emprunter une voie à sens unique à contresens.

Malgré cette nouvelle mesure qui devrait libérer les trottoirs des vélos qui les empruntaient afin de remontrer les sens interdits, de nombreux cyclistes y circulent encore aujourd’hui par peur de la confrontation avec les voitures.

Là encore, nous comprenons ce choix : se retrouver face aux voitures dans une rue étroite peut impressionner. Le trottoir est alors vécu comme un refuge où l’on ne risquera rien, quitte à le partager avec les piétons.

La pratique du double sens cyclable n’est pas intuitive et n’est pas facilité car leur aménagement laisse encore à désirer : bien qu’étant avertis par des panneaux à toutes les entrées du centre historique (si si, ils sont là… mais ils sont bien cachés), nombre d’automobilistes semblent l’ignorer… ignorance qui ressemble de plus en plus à de la mauvaise foi après plus de 4 années d’existence.

Afin de faciliter la cohabitation vélo/voitures dans les rues à double sens cyclable, Mon Cher Vélo a récemment ré-itéré une demande déjà faite à la mairie à plusieurs reprises : compléter la signalisation à l’attention des automobilistes par du marquage au sol. La chose est « à l’étude »… suite au prochain épisode.

Marquage au sol vu à Rennes (à gauche) et Angers (à droite)

Marquage au sol vu à Périgueux (à gauche) et La Rochelle (à droite)

L’idéal serait que les double sens cyclables soient signalés comme sur cette photo prise rue Béranger à Bourges.

Un droit et un devoir
Circuler sur la route est donc plus qu’un droit, c’est un devoir. Mais au delà du devoir réglementaire, le cycliste qui circule sur la voie rempli un devoir moral : celui d’affirmer sa place et de légitimer le choix de son mode de déplacement.

Comme nous le disons souvent lors de la vélo école du niveau 3, la première des sécurités à vélo est le positionnement du cycliste. Par votre attitude, vous pouvez très simplement améliorer le comportement des autres à votre égard.
C’est de la communication non verbale : si vous montez sur le trottoir ou vous serrez dans le caniveau à l’approche d’une voiture, vous confortez l’automobiliste dans l’idée largement répandue que « la route lui appartient » et que vous n’avez rien à faire là, que vous êtes une gène. Si au contraire, vous tenez tête et vous positionnez clairement de façon à être visible sur la chaussée, alors l’automobiliste sera bien plus attentif à vous.

Le cycliste sur trottoir doit circuler vélo à la main

En ville, cela est valable partout :

  • rue moyenne où il vaut mieux rester au milieu de la voie plutôt que laisser penser qu’un dépassement (dangereux) est possible. De toutes façons, vous retrouverez l’automobiliste bloqué devant la mairie dans 90% des cas….
  • sur les boulevards où nous vous conseillons de rouler à un bon mètre du caniveau : les automobilistes ont deux voies pour vous doubler et ont donc largement la place de le faire sans danger.
  • dans les rues à double sens cyclable où l’espace est plus confortable qu’on le pense. Tenez vous au milieu de la voie lorsqu’aucune voiture n’arrive en face et forcez les à ralentir avant de vous déporter sur la droite (voir la vidéo ci dessous).

Image de prévisualisation YouTube

Le cycliste qui circule à contresens a un rôle de pacificateur du trafic : à Paris, la mise en place des double sens cyclable a permit, entre autres avantages, une baisse de 6 à 7 km/h des vitesses pratiquées. Et cela bénéficie à tout le monde : le cycliste est altruiste !

Si vous avez du mal à appréhender cela et n’osez pas prendre la place à laquelle vous avez droit, venez participer aux balades « mieux circuler en ville ». Celles ci ont lieu tous les premier jeudis du mois et vous y recevrez des conseils pratiques pour vous rassurer et sécuriser vos déplacements à vélo.

EDIT du 23/01/17

Le problème qui se pose aussi c’est que, trop souvent, les aménageurs cèdent à la facilité et créent des aménagement cyclables (ou presque) sur les trottoirs. Il existe de nombreux exemples à Bourges : rue Raymond Boisdé, avenue Marcel Haegelen

A Orléans aussi, l’agglo a récemment cédé à cette facilité ce qui a fait l’objet d’un article > https://jeanneavelo.wordpress.com/2017/01/23/traquenard-sur-le-boulevard/

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Liens :
Voir la situation à Strasbourg au travers du blog d’Olivier Razemon
Voir l’avis et les recommandations de l’association Rue de l’avenir qui défend les droits du piéton

20 réflexions au sujet de « Cyclistes sur trottoir – De la gène du piéton à notre perte de crédibilité »

  1. Désolée mais la rue d’Auron reste un gros problème…comment la descendre sans se faire » descendre » par les voitures?, il n’y a pas la place!Pour la monter , les voitures ont du mal à rester derrière vous!
    J’ai l’impression de ne jamais être à ma place!
    Il faut être tenace pour faire du vélo dans Bourges…mais je le suis,
    à bientôt
    Marie Claude

    • C’est certain qu’il faut faire preuve de volonté et d’assurance pour oser descendre la rue d’Auron sur la chaussée. Mais la largeur le permet pour peu que cycliste et automobiliste fassent un effort pour partager l’espace.

      Mais si vous peinez, la solution est de descendre sur le trottoir… en tenant votre vélo à la main en revanche.

      Nous vous invitons à nos balades « mieux circuler en ville » pour vous aider à mieux appréhender cela. Départ d’Avaricum tous les premier jeudi du mois à 19h.

  2. J’ai roulé à vélo au Japon, à Kyoto. Les cyclistes DEVAIENT rouler sur les trottoirs et pas sur la rue dans le centre ville !

    • C’est une autre réglementation. En France c’est interdit.
      Des trottoirs partagés existent en France aussi… ce n’est pas un aménagement qui nous séduit à priori mais si la largeur de trottoir permet une bonne cohabitation et une bonne fluidité après tout pourquoi pas (ce qui est loin d’être le cas rue d’Auron et de façon assez générale dans le centre ville de Bourges).

  3. c’est parce que les rues (et les voitures) tardent à s’adapter au vélo que les vélos circulent sur les trottoirs: on va pas jouer à qui à commencé mais prendre l’argument  » on s’adaptera au vélo quand vous respecterez le code de la route  » dans la figure doit générer une réponse outrée: avec le changement climatique, le civisme est du côté du vélo . Il faudra sortir les crocs pour être écouté, et pas seulement pour les « vélorutions », manifestations festives au cours desquelles les bobos démontrent que le vélos ne se banalise pas. La vélorution c’est tous les jours, le progrès n’est que dans la lutte et tous les gens qui veulent agir comme des gentlemen face aux voyoux sont, au pire, corrompus.

  4. Sur la photo n°2 (rue Félix Chédin), on peut comprendre que le cycliste se trouve sur le trottoir. Il vient probablement du rond point. Il emprunte ce trottoir en attendant de pouvoir se réinsérer sur la piste cyclable car il n’y a aucune possibilité de pouvoir s’insérer dans le sens « gare/Moulon » à moins de traverser (à pied) le passage piéton. Cet endroit est très dangereux pour les piétons car il l’est pour les cyclistes.

    • +1 avec Mme Boucher, laissons le bénéfice du doute à cette personne.

      je pense que MCV est beaucoup trop dans la délation, le reproche, la culpabilisation, c’est ridicule. MCV n’est pas une police municipale cycliste sauf erreur. Certains combats de MCV semblent importés de l’extérieur parfois, comme certains de ses fondateurs…

      • DOléance : si MCV pouvait devenir un peu plus universel, c’est à dire notament arrêter de faire une fixette sur la rue félix chédin, on a compris que le président de MCV passe pas là tous les jours, mais il y a de nombreux autres axes qui méritent une surveillance gopro quotidienne (lol) et pas que les quartiers des membres de Mon Cher Velo. Merci d’avance.

        • … mais nous recevrons et publierons vos photos et vidéos avec grand plaisir Ju Lian. Vous êtes le bienvenu pour participer à notre action autrement qu’en fustigeant systématiquement toutes nos prises de position ;)

          Faire ce commentaire sur un article ou justement la vidéo publié n’est pas tournée rue Félix Chédin est un peu à côté de la plaque… d’autre part, jetez un oeil à notre album « Flagrant délit » sur facebook, vous constaterez que des clichés d’un peu partout y sont publiés.

      • Ju Lian, avez vous vu les photos de cet exemple ? ce n’est plus des trottoirs mais des pistes cyclables apparemment aux normes questions largeurs (1.5 mètre par sens) ainsi que des trottoirs aussi aux normes. Là c’est bien entendu faisable même ce n’est toujours pas l’idéal. A Bourges nous sommes loin d’avoir des trottoirs de cette largeur, c’est très rare. Pour avoir bien vu les Pays-Bas qui sont un exemple en la matière, ils mettent rarement des aménagements cyclable sur trottoir et cela marche très bien comme il font. Par contre à côté en Belgique, les aménagements cyclables sont sur trottoir et les conflits entre piétons et cyclistes nombreux. Il est très dur que sur un même niveau (trottoir), une bonne cohabitation puisse se faire entre piétons (environ 4 km/h) et cyclistes (environ 14km/h), il faut pour cela de très large trottoir et une très bonne signalétique…ce que nous sommes pas vraiment prêt d’avoir à Bourges. Et même si c’était bien fait, la quasi majorité des trottoirs sur Bourges ne sont pas assez large.
        Franck référent aménagement de MCV

  5. À Genève la situation cyclisres/trottoirs est catastrophique.
    Avec la Bénédiction de la Puissante Association Pro Vélo Genève. Je suis vieux cycliste outré.
    Bravos merci.

  6. Bonjour,

    Je n’habite pas Bourges et les problèmes spécifiques qui s’y posent me sont inconnus. Mais vous écrivez « les cyclistes enfreindront le code de la route même si cela est parfois fait par nécessité car les aménagements ne sont pas adaptés. » Savez-vous que les autoroutes sont bien mieux entretenus que les rues des villes et les routes des campagnes ? Que n’y fîtes vous des randonnées. Souvent même ces portions de butine traversent des endroits magnifique inaccessible autrement.

    Comme vous les faites remarquer, au delà de 8 ans, le vélo sur le trottoir , c’est en le poussant, pied à terre.

  7. Bonjour,
    La chaussée urbaine ou non, à toujours été partagée entre les véhicules à 4 roues et ceux à 2 (ou 3 !) roues. Des pistes cyclables ensuite ont été
    aménagées, de façon intermittente, dans bien des localités, mais depuis
    une bonne décennie, c’est la zizanie constante !
    Evidemment, ce sont les cyclistes, surtout qui la provoquent, les voitures ne roulant pas encore sur les trottoirs.
    Ainsi, par recherche de gain de temps et peur des voitures, ils
    mettent, sans vergogne, en danger les piétons, qui, eux, ne
    peuvent que se cantonner aux trottoirs, sous peine de mort.
    Et faute de sanctions efficaces, s’il en est, pourquoi se priver
    des interdits, qui pour certains, sont tels une vrai jouissance !
    Salut aérien.

    • Comme nous l’expliquons dans l’article, si certains cyclistes se comportent parfois ainsi (et pas « surtout » ni « les » cyclistes) c’est, comme vous le soulignez pour les piétons, parce qu’ils n’ont pas leur place ou ne sentent pas à l’aise ailleurs et, en l’occurence, sur la chaussée.

      Certes les automobilistes (et pas les « voitures ») ne roulent pas sur les trottoirs mais elles n’ont pas eu besoin de cela pour tuer 286 piétons en 2015. Pendant ce temps les cyclistes étaient responsables d’un décès (source > http://monchervelo.fr/wp-content/uploads/2016/10/Capture-d’écran-2016-10-26-à-21.26.29.png )

      Ne vous trompez pas d’ « ennemi » ;)

  8. Ayant ré-emménagée à Bourges récemment, je suis venue ici piquer des informations, car contraire à Tours où j’étais précédemment, ici on a l’impression que les vélo n’ont tout simplement pas leur place.
    On roule sur la route on se fait klaxonner et insulter (malgré une vitesse qui n’est pas médiocre), on roule sur le trottoir (qui est très large et où il n’y a personne, en roulant très doucement pour ne pas gêner) on se fait à nouveau insulter (c’est le bon terme) et « virer »…
    Bref, sans tous les cas, les vélos sont mal vus, nous ne sommes la bienvenus nulle part, et le « civisme » des automobilistes à l’égard des vélos est… Inexistant. Pourtant, le vélo est censé être une bonne démarche, mais le centre-ville est tout simplement inaccessible sans se prendre des réflexions, insultes et gestes en tout genre (je me suis tout de même faîte pousser rue d’Auron quand j’étais sur la route par une voiture me frôlant de bien trop près …).

    En espérant que cela change, la condition y est tout de même surréaliste…

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