Non, se déplacer à vélo en ville ce n’est pas dangereux !

Y’en a marre d’entendre ça. A chaque débat sur la question, vous aurez toujours quelqu’un pour exprimer toutes les bonnes raisons qu’il a ne pas faire de vélo.

Il y a les légitimes comme « j’habite à 30km de mon lieu de travail » ou « je ne peux pas stationner mon vélo sur mon lieu de travail » ou les discutables comme « je me suis fais voler 3 vélos en 6 mois »… il y a les idées reçues comme « il pleut tout le temps » ou « je vais arriver en sueur ».

Et puis, il y a celle que je n’en peux plus d’entendre : « le vélo c’est dangereux ».

Non, le vélo n’est pas dangereux. Et puis d’abord, si on veut parler sens des mots, ça veut dire quoi cette phrase « le vélo c’est dangereux » ? Dois je le comprendre comme… je sais pas : « ebola c’est dangereux » ? « les couteaux c’est dangereux » ? Comment, isolé de tout contexte, un objet tel que le vélo peut être dangereux… ?

A moins qu’il ne chute du 5ème étage d’un immeuble pile au moment où vous passez dessous… non je ne vois pas…

Le problème c’est qu’à demander d’être précis, on passe pour l’emmerdeur. Celui qui cherche la petite bête… seulement si je dis « la voiture c’est dangereux », alors mon interlocuteur me répondra que « si on fait attention » (enfin… surtout les autres en fait) « qu’on est pas ivre ou drogué, qu’on respecte les limitations de vitesse et le code de la route et que le véhicule est en bon état sur un revêtement de bonne qualité alors non la voiture c’est pas dangereux* » et que « de toutes façons vous êtes un anti voiture ».

Point Godwin, fin de la discussion.

Les mots ont un sens
Tout d’abord, arrêtons de dire « vélo » et « voiture ». Comme si ce qui arrivait quand ces objets sont en mouvement était fortuit et que l’objet seul suffisait à définir son comportement.

Le 10/10/15, le Berry Républicain relate deux collisions survenues à Saint Amand Montrond, entre deux « cyclistes » (des humains) et deux « voitures » (des objets). Un peu comme si les voitures avaient percuté les cyclistes toutes seules…

Or, derrière ces objets, il y a des personnes dont dépendent la physique (vitesse, distance d’arrêt, choc…) de ces objets. Disons donc « cycliste » ou « automobiliste ». Voire mieux : disons « personne à vélo » et « personne qui conduit ». Ça peut paraître formaliste et pointilleux certes… mais cela peut avoir des conséquences sur la façon dont on aborde l’autre et sa manière de se déplacer comme nous le montre l’exemple de Seattle aux Etats Unis.

Ensuite, précisons les choses : passons de « le vélo c’est dangereux » à « faire du vélo c’est dangereux ». Là, plusieurs interprétations sont possibles : « faire du vélo dans une cour d’école c’est dangereux ? Faire du vélo le long de la Loire à vélo c’est dangereux ? Faire du vélo en ville c’est dangereux ? »

Bien souvent, c’est cette dernière proposition qui suscitera une réaction : « faire du vélo en ville c’est dangereux ». Et bien là encore, non : faire du vélo en ville ce n’est pas dangereux.

Le 11 octobre, la sphère vélo 2.0 s’affolait après la publication de ce commentaire dans le magazine Science & Vie – Source > http://on.fb.me/1RItyvu

D’ailleurs si on creuse un peu la question et qu’on demande « en quoi c’est dangereux de faire du vélo en ville ? », les réponses seront du type :

  • on ne nous voit pas dans la circulation
  • il y a trop de circulation
  • ça roule trop vite
  • c’est difficile de circuler avec les voitures / camions / bus
  • il n’y a pas assez de pistes cyclables

Parmi toutes ces réponses (dont la liste est plutôt exhaustive, c’est du vécu) vous remarquerez qu’aucune n’incrimine le vélo en tant que tel. Le danger ce n’est donc pas lui mais les éléments extérieurs : les véhicules motorisés et / ou le manque d’aménagement dédiés. C’est l’inhospitalité de la ville à l’égard du vélo qui est mise en cause, pas le vélo.

Deux dangereux délinquants routiers en train d’opprimer des automobilistes dans Paris Source > http://bit.ly/1WKiqVl

Continuons de creuser : le mot « danger » vient du latin populaire « Dominiarium » (dominus = maître, pouvoir, domination). Le danger est une situation dans laquelle on est sous le pouvoir ou à la merci de quelque chose, ce qui menace ou compromet la sûreté, l’existence d’une personne. Il y a dans la définition du mot danger l’idée de quelque chose qui s’impose, qui domine.

Or le vélo s’impose rarement dans la rue et c’est plutôt la voiture qui la domine que ce soit en terme de vitesse, d’espace, de volume sonore…

En ville comme ailleurs, c’est le plus gros qui mange le plus petit
C’est bien connu : « l’enfer c’est les autres ». L’affiche ci dessous tirée d’une campagne de 2006 menée par l’association Prévention Routière avait bien résumé la chose.

S’il est aisé de reporter la faute sur les autres usagers pour se dédouaner de ses responsabilités***, il faut quand même regarder les choses en face : dire que le vélo est dangereux alors qu’il ne représente que 2% des déplacements dans l’agglomération de Bourges (on tourne à 8-10% dans les meilleurs des cas), qu’il pèse 150 kg cycliste compris et qu’il roule à 15 km/h n’est pas cohérent.

Affirmer en revanche que ce qui représente 80% du trafic, occupe 50% de l’espace public, pèse plusieurs tonnes et roule à 50 km/h est dangereux… là ça semble plus logique : celle qui domine, la voiture, créé le danger.

Je ne vais pas m’appesantir sur des tas d’études et de statistiques pour démontrer que le vélo est un moyen de transport bien moins meurtrier que tous les autres. D’une part ça a déjà été dit maintes et maintes fois (je vous renvoie vers les articles cités en bas de cette page) et d’autre part, ce n’est pas le sujet : au delà des chiffres, j’aimerais souligner ici l’importance du sens des mots.

Se déplacer à vélo en ville ce n’est pas dangereux. Ce qui est dangereux c’est la présence de véhicules motorisés, aggravée par leur nombre et leur vitesse d’une part et la trop forte promiscuité (manque d’aménagement dédié) avec eux d’autre part.

Donc s’il vous plait, que vous vous déplaciez à vélo ou non : arrêtez de dire que le vélo est dangereux ! C’est faux et ça véhicule des idées reçues qui découragent d’éventuels futurs cyclistes.

Adrien Lelièvre,
Président de Mon Cher Vélo
cycliste quotidien, piéton régulier, automobiliste occasionnel

* et c’est pareil avec le vélo
** http://www.preventionroutiere.asso.fr/Nos-publications/Statistiques-d-accidents/Principaux-facteurs-d-accidents
*** d’ailleurs ce n’est pas ce qu’on fait soit dit en passant… 

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Liens
Le vélo en ville n’est pas dangereux  - Carfree Farnce
Plus il y a de vélos, moins il y a de risques - Fédération des Usagers de la Bicyclette
Combien de morts, chaque année, à cause du vélo ? – Le Monde
Pourquoi on est souvent à côté de la plaque quand on parle sécurité routière dans les médias, dans les discours politiques, autour de la dinde de noël… > La désinformation et la sécurité routière

Une réflexion au sujet de « Non, se déplacer à vélo en ville ce n’est pas dangereux ! »

  1. Bonjour ,

    En « surfant  » sur internet par l’intermédiaire du blog de l’association Vive le vélo à La Rochelle , j’ai pu lire votre article
    « Non, se déplacer à vélo en ville ce n’est pas dangereux ! »
    Un grand bravo pour celui-ci !
    En effet , je suis persuadé comme vous que le sens des mots est important .
    Il y a encore beaucoup de travail pour que le vélo retrouve la place
    qu’il mérite …ce sera compliqué face à l’automobile …et sa toute puissance .
    La baisse du prix du pétrole ne fait pas arranger les choses ( je lisais dernièrement que le prix d’un litre de pétrole brut est égal au prix d’un litre d’eau minérale (je crois 25 cts d’euro !!!) .
    Malgré tout continuons à pédaler , le velo est le meilleur ami de l’homme
    avec mes sincères saltations distinguées
    Philippe AUBERT
    ancien président de l’association VELO-ECOLE à La Rochelle

    L’image et la place du vélo mérite

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